Principe
Un achat responsable tient compte du coût global, des impacts environnementaux et sociaux et de l'éthique tout au long de la chaîne fournisseurs. La norme ISO 20400 donne les lignes directrices ; le label « Relations fournisseurs et achats responsables » (Médiateur des entreprises) les évalue. Concrètement : cartographier les risques RSE par famille d'achat, intégrer des critères RSE pondérés dans les appels d'offres, faire signer un code de conduite, évaluer les fournisseurs (questionnaires, plateformes de notation, audits) et suivre quelques indicateurs (part des achats évalués, CO2 des achats, délais de paiement). Les grandes entreprises y sont poussées par le devoir de vigilance et la CSRD.
Comprendre pas à pas
1. La situation
Une entreprise lance un appel d'offres pour ses emballages (1,2 M€ par an). Trois fournisseurs répondent. Le moins cher est en Asie, le plus cher en France. La direction a fixé un objectif de −20 % de CO2 sur les achats d'ici 3 ans. Question : comment intégrer la RSE dans le choix sans renoncer à la performance ?
2. Notes des offres (de 1 à 5)
| Fournisseur | Prix | Qualité | Délai | RSE (CO2, recyclé, social) |
|---|---|---|---|---|
| A (Asie) | 5 | 3 | 2 | 2 |
| B (France) | 3 | 4 | 4 | 5 |
| C (Europe de l'Est) | 4 | 4 | 3 | 2 |
Note RSE : CO2 du transport, taux de matière recyclée, certification environnementale, conditions de travail auditées.
3. L'idée
Un achat responsable regarde le coût global et les impacts environnementaux, sociaux et éthiques, pas seulement le prix. En pratique : on fixe un critère RSE pondéré (10 à 25 %) avant de lire les offres, avec des questions vérifiables ; on fait signer un code de conduite ; on évalue et on accompagne les fournisseurs. La norme ISO 20400 donne la méthode.
4. Le choix, selon le poids donné à la RSE
Sans RSE (prix 60 %, qualité 25 %, délai 15 %). A : (5 × 60 + 3 × 25 + 2 × 15) / 100 = 4,05 ; B : (3 × 60 + 4 × 25 + 4 × 15) / 100 = 3,40. A gagne.
Avec RSE (prix 45 %, qualité 25 %, délai 15 %, RSE 15 %). A : (225 + 75 + 30 + 30) / 100 = 3,60 ; B : (135 + 100 + 60 + 75) / 100 = 3,70. B gagne.
Lecture. B est 2 % plus cher à l'achat, mais réduit de 30 % le CO2 de la famille, raccourcit les délais et sécurise l'approvisionnement.
Suite. Code de conduite signé, évaluation annuelle, objectif de matière recyclée à 60 % dans 2 ans.
5. À vous de jouer : changez le poids de la RSE
Modifiez les poids : à partir de quel poids de la RSE le classement change-t-il ?
6. Ce qu'il faut retenir
- Fixer le critère RSE avant d'ouvrir les offres.
- Questions vérifiables, coût global plutôt que prix.
- Code de conduite, évaluation et accompagnement des fournisseurs.
Mise en œuvre
- Acteurs
- Direction achats, RSE, qualité, acheteurs
- Durée
- 6 à 12 mois pour lancer la démarche
- Livrables
- Cartographie des risques RSE, code de conduite, critères RSE, tableau de bord
- Cartographier les risques RSEPour chaque famille d'achat : risques environnementaux (CO2, matières), sociaux (pays, sous-traitance) et éthiques ; croiser avec le montant acheté.
- Rédiger le code de conduiteDroits humains, conditions de travail, environnement, éthique des affaires ; le faire signer aux fournisseurs prioritaires.
- Intégrer la RSE aux consultationsCritères RSE pondérés (10 à 25 %), questions précises et vérifiables, coût global plutôt que prix d'achat.
- Évaluer les fournisseursQuestionnaire, plateforme de notation, audit sur site pour les familles à risque ; plan de progrès plutôt qu'exclusion immédiate.
- Suivre et rendre comptePart des achats couverts par une évaluation, CO2 des achats, délais de paiement, part des achats locaux ou inclusifs (ESAT).
Exemple d'application
Famille emballages : critère RSE pondéré à 20 % (taux de matière recyclée, distance, certification) dans l'appel d'offres. Le fournisseur retenu est 2 % plus cher mais réduit de 30 % le CO2 de la famille et sécurise l'approvisionnement local.
Points de vigilance
- Faire signer une charte sans jamais contrôler
- Pénaliser les fournisseurs au lieu de les accompagner